LE TELECTROSCOPE.
Appareil destiné à transmettre à distance les images par l'Electricité, basé sur la résistance conductrice variable du Sélénium aux différentes gradations de lumière


PAR L'INVENTEUR
C. SENLECQ,  d'Ardres
1881

Avec extraits de journaux scientifiques français et étrangers 
et annotations traduites de l'anglais par l'auteur.

Cette notice a été déposée :

PARIS :            A l'Académie des Sciences.
                         A l'Exposition Internationale de l'Electricité
LONDRES :     396, Strand.
                         29, Bedfort Street-Strand
NEW-YORK :  37, Park Row

[Achevé d'imprimer, p.36 : Saint-Omer, M. D'HOMONT]


[Notice]
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[English translation]

 

Senlecq.gif (13797 octets)

RECEPTEUR

    A figure 3. - Table circulaire pendue verticalement (ébonite ou substance isolante).

    Cette table est fixe. - Elle est divisée sur le bord de sa circonférence par une infinité de points de contact aboutissant par le dessous à chacun des fils correspondants de l'appareil récepteur.

    Les fils partant de la plaque émaillée de sélénium correspondent avec ordre symétrique, l'un après l'autre, avec les points de contact du transmetteur; ils communiquent dans le même ordre avec ceux de la table A et ceux aboutissant au récepteur, de telle façon que le fil portant fictivement le n°5 partant du sélénium correspondra identiquement à semblable point 5 du récepteur.

    D figure 3, plaque en caoutchouc traversée de part en part par de nombreux fils très fins en platine correspondant, chacun, à son point de contact de la plaque circulaire A.

    La plaque réceptrice doit être beaucoup plus petite que la plaque recevant l'impression de la lumière. - Le dessin se trouvant ainsi réduit sera d'autant plus parfait que les points formés par le passage du courant (sélénium) seront plus rapprochés.

    B plaque d'étain ou de fer reliée avec la terre (pôle négatif) ; elle se trouve en contact avec le papier chimique C où l'impression doit se former. - Elle aide à cette impression par son contact sur le papier chimique (1).

    Mais comme le sélénium donne un courant d'autant plus intense qu'il est impressionné par la lumière, les images obtenues ne seraient que négatives, c'est-à-dire que les ombres resteraient blanches et les parties éclairées seraient seules teintées; il est donc nécessaire d'employer une pile locale et d'adapter au circuit, près du récepteur, une dérivation équilibrée avec des bobines de résistance.

    En E, figure 3, au centre de la plaque immobile ci-dessus décrite, se trouve un axe métallique avec un petit manchon; sur cet axe, tourne la roue en cuivre F de la figure 4. - Sur le manchon E presse d'une manière continue le ressort H, figure 3, qui amène le courant venant de la ligne (sélénium).

    La roue dentée de la figure 4 est munie à un point de sa circonférence d'un ressort curseur 0, figure 4, destiné à glisser, par suite du mouvement relatif de la roue dentée, sur les différents contacts de la plaque ronde A, figure 3.

    Cette roue dentée, figure 4, est mue, comme dans les télégraphes à cadran, par une tige animée d'un mouvement de va-et-vient par les actions successives de l'électroaimant II et du ressort antagoniste.

    Par l'intermédiaire de cette ligne (non conductrice du courant moteur) et d'un levier coudé, ce mouvement alternatif est transmis à une tige G. - Cette tige se meut devant la roue dentée et remplit le même office que l'ancre d'échappement des pendules ordinaires. La roue dentée est sollicitée par un mouvement d'horlogerie renfermé entre deux plaques; elle tournerait d'un mouvement continu si la tige G ne l'arrêtait en heurtant les dents.

    Avec cet arrêt, elle ne peut se mouvoir que si la tige se déplace sous l'action de l'électro aimant. La roue dentée est double; elle est formée de deux roues accouplées, égales, solidaires et placées de telle sorte que les dents de l'une correspondent aux vides de l'autre.

    Quand la tige G se déplace, elle dégage une dent de la première roue et le couple se met à tourner, mais la seconde roue vient aussitôt rencontrer la tige G et le mouvement s'arrête. - A un nouveau déplacement de la tige, le couple des roues marchera de la moitié d'une dent et ainsi de suite.

    Chaque roue est formée d'autant de dents qu'il y a de points de contact sur la plaque du transmetteur et par conséquent sur la plaque circulaire A, figure 3, et sur la plaque sensible de la chambre noire.

    Maintenant que chaque pièce de l'appareil est connue, voici comment il fonctionne :

    Tous les points de contact correspondent l'un à l'autre tant du côté du courant (sélénium) que du côté du courant (moteur).

    Supposons le curseur du transmetteur sur les points de contact n°10 par exemple.

    Le courant du sélénium partant du n° 10, atteint le point de contact 10 du transmetteur rectangulaire ; une moitié du curseur reposant sur ce point n° 10 et aussi sur la lame de cuivre parallèle communique le courant à cette lame, de là à la ligne, de la ligne à l'axe de la roue dentée, de cet axe au point de contact 10 de la plaque circulaire fixe et de là au point 10 du récepteur.

    A chaque contact (sélénium) de la plaque rectangulaire se trouve un contact correspondant à la pile motrice et à l'électro aimant.

    Or, en arrivant au point 10, les intermittences du courant ont fait tourner la roue dentée de 10 dents de manière à amener le petit curseur O, figure 4, sur le numéro 10 de la plaque circulaire fixe.

    Comme on peut le voir, le synchronisme de l'appareil ne pouvait être obtenu d'une manière à la fois plus simple et plus parfaite.

    Le transmetteur rectangulaire étant placé verticalement, le curseur ayant un certain poids, il suffit de laisser tomber celui-ci du premier point de contact pour qu'il parcourt [sic] aussi rapidement que possible toute la longueur de ce transmetteur. L'image est donc reproduite presqu'instantanément, au point que, en usant de fils de platine au récepteur reliés avec le pôle négatif, on puisse obtenir par l'incandescence de ces fils, selon les différents degrés d'électricité, une image fugitive, il est vrai, mais aussi vivement formée que l'impression sur la rétine ne cesse pas pendant le temps relativement très court que met le curseur à parcourir tous les points de contact. - Une bobine de Ruhmkorff peut aussi être employée pour obtenir des étincelles correspondant au courant émis au lieu de l'incandescence des fils.

    Le réglage de l'appareil se fait d'une manière identique aux télégraphes à cadran, en partant du premier contact. - A cet effet, le curseur ne peut être détaché de la plaque rectangulaire : il y est maintenu par des rainures faites dans les deux lames de cuivre latérales s'adaptant avec léger frottement à ce curseur qui ne communique aucun courant dans les fils de la ligne lorsqu'il n'est pas placé sur des points de contact (2).

 

[La notice se termine ici. La brochure continue avec les "Extraits des journaux scientifiques français et étrangers".]

(1) En dehors du papier chimique que j'imprègne d'une solution de noix de galle, d'iodure de potassium ou de toute autre substance capable de fournir des traces colorées sous l'influence du courant électrique ; j'ai imaginé un récepteur formé d'une feuille de papier de décalque (noircie au charbon) qui se fixe plus ou moins sur le papier destiné à recevoir l'image, selon la pression plus ou moins forte d'un stylet porté par un levier soudé et relié à une armature semblable à celle des téléphones Bell.

(2) Dans les appareils à impression autographique, les mouvements du curseur sur le transmetteur peuvent être relativement assez lents pour que l'action chimique s'opère dans de bonnes conditions. - L'image fugitive obtenue par l'incandescence de fils nécessitant au contraire un mouvement extra rapide, il serait bon d'accélérer le mouvement de la roue à rochet par une roue multiplicatrice ou bien encore d'employer dans le même sens l'appareil de M. Marcel Duprey.

 

 

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Histoire de la télévision      © André Lange
Dernière mise à jour : 05 janvier 2002