LE TELECTROSCOPE.
Appareil destiné à transmettre à distance les images 
par l'Electricité, basé sur la résistance conductrice variable 
du Sélénium aux différentes gradations de lumière


PAR L'INVENTEUR
C. SENLECQ,  d'Ardres
1881

Avec extraits de journaux scientifiques français et étrangers et annotations 
traduites de l'anglais par l'auteur.

Cette notice a été déposée :

PARIS :            A l'Académie des Sciences.
                         A l'Exposition Internationale de l'Electricité
LONDRES :     396, Strand.
                         29, Bedfort Street-Strand
NEW-YORK :  37, Park Row

[Achevé d'imprimer, p.36 : Saint-Omer, M. D'HOMONT]


[Notice]
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[English translation]

    C'est alors que me vint la pensée d'employer la transmission d'un télégraphe autographique quelconque, Meyer, Caselli et surtout celui que j'ai imaginé et qui a été décrit dans plusieurs journaux scientifiques français, en septembre 1871.

    Après nombre d'essais et de tâtonnements, j'arrivai enfin à obtenir, avec un appareil bien rudimentaire, sur une simple ligne toutefois, mais avec toutes ses gradations de teintes, la reproduction d'une surface ombrée (du noir au clair) dont l'image venait se peindre sur le châssis d'une chambre photographique. Alors j'eus la certitude que mon système était réalisable.

    Cette conviction m'enhardit plus tard (novembre 1878) à adresser à M. le comte du Moncel, membre de l'Institut, et à M. Hallez d'Arros, directeur du journal l'Electricité, le plan de mon appareil auquel je donnai nom : TELECTROSCOPE.

    Je ne sache pas que personne ait songé avant moi à la construction d'un appareil destiné à transmettre les vibrations de la lumière (1877) et je crois être fondé à revendiquer la priorité scientifique de cette découverte.

    Plus d'un an après mes premiers essais, plusieurs savants électriciens proposèrent des modifications du Télectroscope ; je citerai entre autres MM. Ayrton, Perry, Sawyer de New York, Sargent de Philadelphie, Brown de Londres, Carey de Boston, Mac Tighe et Graham Bell lui-même ; mais aucune de ces transformations n'ont comporté un véritable perfectionnement.

    Les uns ont employé une infinité de conducteurs réunis au câble ; d'autres un seul fil. - D'une part, confusion des conducteurs à une certaine distance ; impossibilité absolue d'obtenir un isolement parfait ; d'autre part, manque complet de synchronisme. La sensibilité inégale et lente du sélénium étit également un obstacle au bon fonctionnement des appareils.

    Or, sans une simplicité relative dans l'agencement des fils destinés à conduire à une certaine distance le courant électrique avec ses variations d'intensité ; sans un synchronisme parfait et rapide, solidaire des impressions lumineuses pour assurer la simultanéité des mouvements du transmetteur et du récepteur ; sans une augmentation de sensibilité du sélénium enfin, le télectroscope ne pouvait être réalisé.

    Je crois avoir vaincu la plupart de ces obstacles principaux dans l'appareil dont je donne ci-dessous la description :

TRANSMETTEUR

    Une plaque en cuivre A, sur laquelle les rayons lumineux viennent peindre, au fond d'une chambre noire, avec leurs formes et leurs couleurs extérieures, les objets présentés à l'objectif, est percée sur toute sa surface d'une infinité de petits trous le plus possible rapprochés les uns des autres. - Ces trous sont remplis de sélénium préalablement fondu et refroidi excessivement lentement pour acquérir le maximum de sensibilité (1). Un petit fil de cuivre noyé au milieu du sélénium, sans toucher au cuivre de la plaque, aboutit à une autre plaque rectangulaire verticale, figure 1, par le dessous de cette plaque à l'endroit C. - Chaque fil émanant de la plaque A, vient donc présenter son contact au-dessus de la planche B, dans le sens de la longueur de cette plaque. - A cet effet, les fils sont réunis en faisceau pour sortir de la chambre noire et de là se dirigent à leur point de contact correspondant de la plaque B sur toute la ligne CC.

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    La surface de cuivre A est en contact permanent avec le pôle positif de la pile (sélénium).

    De chaque côté de la plaque B, sont incrustées en D et E des lames de cuivre faisant relief et coulisse de manière à conduire parallèlement le curseur dont il sera ci-après parlé.

    La lame E communique avec le fil de la ligne destinée à traduire les différentes gradations de la lumière et des ombres. La lame D est en relation avec le fil de la ligne (moteur). En F sont une infinité de points de contact mis en regard de ceux de la ligne CC. - Ces contacts servent à faire agir l'appareil moteur et à assurer l'isochronisme parfait du transmetteur et du récepteur. Ces points de contact, qui se présentent isolés à la surface de cette plaque, sont au-dessous reliés tous entre eux par un fil métallique qui est lui-même la continuation de celui partant du même pôle positif d'une pile spéciale. -

    Il est bon de dire ici, pour l'intelligence de la description, que cet appareil nécessite deux piles comme tous les télégraphes autographiques d'ailleurs : l'une pour communiquer le courant qui doit traverser le sélénium (pile sélénium); l'autre pour amener au récepteur le mouvement et assurer le synchronisme.

    Ainsi pour récapituler les différentes parties de cette plaque importante :

FIGURE 1

   D Cuivre faisant saillie et rainure, en rotation avec le fil de la ligne qui donne le mouvement au récepteur. -
    F points de contact, reliés au-dessous par un fil métallique; lequel fil est en communication permanente avec la pile (moteur).
    C Points de contact aboutissant chacun et isolément aux fils correspondants, partant du sélénium.
    E Cuivre faisant égalemment comme D, saillie et rainure et dont il vient d'être parlé. Un petit curseur en cuivre portant à un de ses angles un morceau de cuivre très étroit, séparé au milieu par une surface solante sert à mettre tout l'appareil en mouvement avec toute la rapidité voulue. Ce petit curseur aux endroits D D forme une petite gorge ou rainure s'adaptant sur les lames de cuivre de la plaque B figure 1, qui sert à le guider parallèlement sur les petits rails en cuivre D et E ; sa partie isolante B, figure 2, correspond à l'intervalle isolant entre F et C figure 1.

 

[Suite]

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Wilhem Hittorf (1821-1914)

(1) Il y a lieu de distinguer l'état dans lequel se trouve le sélénium, car ce corps se rencontre sous plusieurs formes différentes.

    Lorsque le sélénium, après avoir été fondu est rapidement refroidi, il est vitreux, sa couleur est brun foncé, presque noir à la lumière réfléchie et d'une surface excessivement brillante; en lames minces, il est transparent et paraît avoir une couleur rouge rubis très vive ; dans cet état, il n'est probablement pas conducteur d'électricité.

    Lorsque le sélénium après avoir été fondu est refroidi avec une extrème lenteur, il se présente sous une toute autre forme : il a une apparence métallique cristalline ou granulée et sa couleur rappelle celle du plomb ; il est alors opaque, même à l'état de lames très minces. - Sous cette forme, à la température ordinaire, le sélénium est conducteur de l'électricité. (HITTORF.)

[Wilhem Hittorf (1821-1914) était un physicien allemand célèbre pour ses travaux sur l'électrolyse (Über die Wanderungen der Ionen während der Elektrolyse Abhandlungen, 1853-1859).  Il commença ses travaux par des études sur les allotropes (phosphore et sélénium). Un cycle de conférence sur Hittorf est organisé en 1999-2000 par le Wilhem-Hittorf Gymnaisum de Munster  "Eine Vorlesungsreihe zu Themen aus dem mathematisch-naturwissenschaftlichen Bereich".

Voir les indications biographiques sur le site de R. NAUGHTON, Adventures in Cybersound.].

 

 

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Histoire de la télévision      © André Lange
Dernière mise à jour : 05 janvier 2002