LE TELECTROSCOPE.
Appareil destiné à transmettre à distance les images 
par l'Electricité, basé sur la résistance conductrice 
variable du Sélénium aux différentes gradations 
de lumière


PAR L'INVENTEUR
C. SENLECQ,  d'Ardres
1881

Avec extraits de journaux scientifiques français et étrangers 
et annotations traduites de l'anglais par l'auteur.

Cette notice a été déposée :

PARIS :            A l'Académie des Sciences.
                         A l'Exposition Internationale de l'Electricité
LONDRES :     396, Strand.
                         29, Bedfort Street-Strand
NEW-YORK :  37, Park Row

[Achevé d'imprimer, p.36 : Saint-Omer, M. D'HOMONT]

[Notice]

    Depuis quelques années, les applications de ce mystérieux agent : l'Electricité, ont pris une voie nouvelle, grâce à la découverte du téléphone par M. Graham Bell.

   Cet appareil a révélé des faits entièrement inconnus et a découvert de nouveaux horizons aux sciences physiques. De là sont nés une foule d'appareils très ingénieux parmi lesquels nous distinguons en première ligne : le phonographe de M. Edison et le microphone de M. Hughes.

   Grâce à d'admirables combinaisons, on peut dès maintenant reproduire à distance l'écriture (télégraphe autographique) et la parole (le téléphone).

    Une lacune restait à remplir pour combler entièrement les distances et donner à l'homme une véritable ubiquité : la faculté de voir au loin.

    Ce qui eut paru autrefois une chimère est aujourd'hui en voie de réalisation.

    Les appareils n'ont pas encore atteint la perfection désirable ; mais les efforts tentés constatent que ce qui eût pu être pris pour un désir de l'imagination est devenu une réalité.

    Ces perfectionnements, des essais persévérants les amèneront infailliblement dans un temps peu éloigné.

    Le sélénium, par les propriétés électriques qu'il possède, devait être l'âme de ce nouvel appareil.

    On savait que ce métalloïde, découvert par Berzélius en 1817, avait la singulière propriété, constatée par M. May de Valentia en 1873, d'offrir une résistance électrique variable selon l'intensité de la lumière.

    M. C.W. Siemens avait observé qu'un morceau de sélénium interposé dans un circuit électrique faisait dévier l'aiguille d'un galvanomètre d'une manière sensible, chaque fois qu'un rayon lumineux venait tomber sur le sélénium.

    Il avait également remarqué que les déviations du galvanomètre étaient différentes sous l'influence des relations différemment colorées.

    Le violet foncé donnait 139, le violet clair 148, le bleu 158, le jaune 178, le rouge 188, le rouge brun 180.

    M. Siemens avait usé de ces particularités du sélénium pour construire un photomètre très sensible et un espèce d'oeil artificiel.

    En lisant dans le courant de l'année 1877, dans un résumé des faits scientifiques de l'année 1876 (1), la description de la merveilleuse invention du téléphone de M. Graham Bell (2) et l'ingénieuse application faite par M. Siemens du sélénium (3), il me vint à l'idée que les propriétés électriques particulières de ce corps pourraient être employée à transmettre télégraphiquement les images reçues sur la plaque sensible d'une chambre noire.

   Une phrase surtout avait frappé mon attention : (4)

    "Il est bien connu que les vibrations des sons musicaux peuvent être, au moyen d'un simple fil télégraphique ordinaire, transmises électriquement et traduites fidèlement à l'oreille ; il reste à déterminer si les vibrations de la lumière elle-même, au moyen de l'électricité et du sélénium, ne pourraient pas également être transmises..."

    L'idée d'une chambre noire m'était venue immédiatement à l'esprit, mais la transmission et l'impression de l'image présentaient des difficultés multiples. Il y a avait aussi à chercher à rendre le sélénium plus sensible. Je pensai d'abord à employer une infinité de fils transmetteurs isolés et réunis en câble, mais ce système présentait une complication nuisible au fonctionnement de l'appareil. - Je dus l'abandonner.

[Suite]

(1) The year book of facts in science and the arts for 1876. Pages 116 and 165 - Edited by James Mason of London.

(2) Speaking by Telegraph. The discovery of the electric transmission of sounds made simultaneous, it would be of considerable advantage in practical telegraphy. - Professor Graham Bell, who claimto have demonstrated the possibility of thus signalling sounds of different pitch in 1873, has recently, before the Massachussetts Institute of Technology, demonstrated the possibility of conveing vocal sounds by means of the ordinary telegraph wires and special appliances for transmitting and receiving the sounds.
    The apparatus used by professor Bell is thus described : Two single pole electro-magnets, each having a resistance of 10 ohms, were arranged in circuit with a battery of carbon elements, the total resistance being about 25 ohms. A drumhead of goldbeater's skin, about 23/4 in in [sic] diameter, was placed in front of each electro magnet and a circular piece pf clock spring was glued to the middle of the membrane of each drumhead. - One of these telephones was placed in the experimental room, and the other in the basement of an adjoining house. Upon singing into the telephone the sounds of the voice were reproduced by the the [sic] instrument in the distant room ; and if two persons sang simultaneously, the two notes were audible at the other telephoner. At the time of the lecture an experiment was made to show the transmission of articulate speech, an assistant going into the adjoining building where one of the telephones was placed. Professor Bell then placed his mouth near the other telephone and said : "Do you understand what I say ?". An answer was returned, and, according to the report before us, articulate sounds were heard proceeding from the piece of clock spring attached to the membrane, which were alleged to be : "Yes I understand you perfectly." etc.

(3) Artificail Eyes made sensitive to light.

   Among the curious developments of science in the recent production by Dr. C W Siemens of an artificial eye that is sensitive to light. We wish we could add that it gives vision to the blind ; but we cannnot, though perhaps it contains a germ of promise in that direction. The new eye is composed of an ordinary glass lens, backed by an artificial retina of selenium. M. May, a telegraph clerck employed at the Valentia station of the atlantic cable line, first observed in 1873, that the electrical consistance of selenium was instantly aletered by light, the resistance being diminished by increase of light. Dr Siemens made use of this particularity of selenium in the construction pf his novel eye. An electrical circuit is arranged, of which a bit of senelium forms a part, and constitute the retina. - When a strong light is admitted into the lens and falls upon the selenium retina, the current of electricity flows and (by acting upon small magnets) may be made the work the artificial lids of the eye, opening then according the intensity of the light.

(4) It is well known that the vibrations of musical sounds may, by an ordinary conducting wire be electrically transmitted and successfully delivered to the ear. - It remains to be determined whether light vibrations can, by means of selenium and electricity, be transmitted to the brain in the absence of the natural eye.

 


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Histoire de la télévision      © André Lange
Dernière mise à jour : 05 janvier 2002