Les sources possibles du 
Vingtième siècle
d'Albert Robida.

Notice : Albert Robida, visionnaire du XXe siècle

O que ha de ser O Mundo no Anno Tres Mil, Seabra & T.
Quintino Antunes, Lisboa, 1859. Traduction et adaptation en portugais de l'ouvrage de Emile SOUVESTRE, Le monde tel qu'il sera, Paris, 1846.
(coll. A. Lange)

 

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"Sir John Progresso", gravure de Vidal Junior in O que ha de ser O Mundo no Anno Tres Mil, Seabra & T. Quintino Antunes, Lisboa, 1859.

Emile SOUVESTRE, Le monde tel qu'il sera, 1846

Du roman d'anticipation de Souvestre, Pierre Versins écrit "Ce récit (...), aussi bourré de défauts qu'il soit, est le modèle de tout ce qui s'écrira dans le genre au XIXe siècle et même au XXe."  Le genre en est en tout cas le même : il s'agit d'un roman humoristique d'anticipation, illustré de caricatures. Les dessins de Bertall, O. Penguilly et St-Germain,  n'ont certainement pas la qualité de ceux de Robida, mais l'anticipation du monde à la fin du 29ème siècle ne manque pas d'intérêt. La technologie n'occupe pas une place aussi importante que chez Verne ou Robida, mais on  trouve notamment dans le roman - outre des aéronefs multifonctionnels qui annoncent ceux de Robida - une sorte de catapulcte qui permet de traverser les fleuves sans prendre de bateau ou construire de pont. On y trouve également déjà une version orwellienne de l'information, puisqu'un seul propriétaire contrôle le seul journal mondial. Enfin, le Progrès fait déjà l'objet d'une caricature, sous les traits de Sir John Progresso.

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Aéronef publicitaire dans Le Vingtième siècle d'Albert Robida.

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Le téléphone de G. Bell in Th. du MONCEL, Le téléphone, le microphone et le phonographe, Hachette, Paris, 1878
(Coll. A. Lange)

Le téléphone

    L'ouvrage de Th. du MONCEL, Le téléphone, le microphone et le phonographe, Hachette, Paris, 1878 est la référence incontournable pour l'histoire du téléphone en France. Il a fait l'objet de plusieurs éditions et a été traduit en anglais, en portugais,... Du Moncel était en contact avec les principaux inventeurs européens et américains et son ouvrage fournit donc une information de première main sur les développements du téléphone, du microphone et du phonographe, les trois grandes inventions de 1877. Sa belle iconographie en fait un objet prisé des collectionneurs : l'exemplaire de la première édition a disparu des rayons de la Bibliothèque royale de Belgique. Quant à celui de la BNF, il n'est accessible que sur autorisaton spéciale.

    Il est vraissemblable que Robida connaissait cet ouvrage, ainsi que Le microphone, le radiophone et le phonographe
Bibliothèque des Merveilles, 
Librairie Hachette, Paris, 1882 dans lequel du Moncel faisait le point sur la vision à distance et le téléphote.

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"La cour téléphonique" (détail)
in A. ROBIDA, Le Vingtième siècle, 1883.

Spring Bubbles

"Two novelties in Bonnets : The Telephone and the Phonograph", New York Daily Graphic, 12 April 1878.

Un dessin conservé par Charles Batchelor, l'associé d'Edison, dans ses "Scrapbooks", édités sur le site Thomas A. Edison Papers de Rutgers University : Special Collections Series -- Charles Batchelor Collection -- Scrapbooks: Cat. 1240 (1876-1878) [MBSB1]



George du Maurier, "The Telephonoscope", Punch, 1878.

Le dessin du telephonoscope de Georges du Maurier (1878)

Le terme « telephonoscope » apparaît pour la première fois fin 1878 dans le magazine Punch pour illustrer un dessin de George Du Maurier . Ce magazine présente une illustration d’une nouvelle invention attribuée à Edison : le téléphonoscope permet à des parents confortablement installés à domicile de discuter avec leur fille qui se trouve sur un court de tennis. L’invention attribuée à Edison est fantaisiste, mais elle correspond bien à une attente de découvertes dans le domaine de la transmission des images et aux premiers travaux de recherche dans ce domaine.

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Schéma du télectroscope par Senlecq (1881)

Les premiers textes en français sur le télectroscope.

La fin des années 70 et le début des années 80 voient la multiplication des écrits sur la vision électrique à distance. Il est probable que Robida a eu connaissance,  par le biais de la presse de vulgarisation scientifique, de l'un ou l'autre des travaux publiés en français.

En 1877, le français Louis Figuier avait utilisé le terme « télectroscope » pour désigner un appareil de transmission d’images à distance attribué à Graham Bell. Il est probable que Robida connaissait L'année scientifique et industrielle de Figuier, qui était la revue de vulgarisation scientifique la plus connue à Paris à cette époque. Le terme de télectroscope devait également être utilisé à partir de 1878 par le professeur portugais Adriano de Paiva et par le français Constantin Senlecq.

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Schéma du photophone de Graham Bell, in L. FIGUIER, Les merveilles de la science, Jouvet et Cie, Editeurs, Paris, s.d.

Le photophone de Graham Bell

En 1880, Graham Bell avait présenté son photophone, mais contrairement à ce que certains attendaient, il ne s’agissait pas d’un système de transmission de l’image, mais d’un système de transmission des sons par le biais des rayons lumineux, anticipant brillamment les découvertes sur les potentialités du laser. L'invention du photophone fut rapidement connue en France : annoncée dans la presse américaine début septembre 1880, elle est présentée à l'Académie des Sciences les 27 septembre et 18 octobre 1880 et elle recensée dans le Magasin pittoresque de 1881 et par  Louis Figuier dans Les merveilles de la science ou la description des inventions moderne. Supplément, Jouvet et Cie, Paris, s.d. (Ces deux ouvrages peuvent être consultés sur le site Gallica de la BNF).

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Publicité pour une lanterne magique, seconde moitié du XIXème siècle.

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A. ROBIDA, Le vingtième siècle, 1883.

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Séance de lanterne magique, XVIIIème siècle.

La lanterne magique

    La grande différence entre l'écran du téléphonoscope de Robida avec celui de du Maurier est qu'il est généralement de forme ovale - à une exception près - et non rectangulaire. On peut y voir là une influence de la représentation graphique de la projection des lanternes magiques. Gilles Perriault, dans ses très intéressantes Mémoires de l'ombre et du son. Une archéologie de l'audiovisuel, a montré que la lanterne magique - dont l'invention est généralement datée en 1640 - connaît un regain d'intérêt à la fin des années 1870 et  a particulièrement intéressé le monde enseignant, à l'occasion d'une grande démonstration organisée en Sorbonne en 1880. Le téléphonoscope de Robida et la lanterne magique ont notamment en commun la notion de plaque, même si c'est dans une fonction différente : dans le cas de la lanterne, la plaque sert de support à l'image, tandis qu'elle a une fonction d'écran dans le cas du téléphonoscope.

Plan de la captation en théâtrophone à l'Opéra de Paris (1881)

Le théâtrophone

  Le Vingtième siècle est indiscutablament marqué par l'Exposition internationale de l'électricité qui s'est tenue à Paris en 1881 et qui a été l'occasion pour de nombreux parisiens de prendre conscience des progrès réalisés dans la mise au point d'instruments tels que le téléphone, le phonographe et le microphone. L'Exposition  de 1881 constitue la toile de fonds qui stimule l'imaginaire du moment  et créé un climat propice à la projection de l'avenir.

    Parmi les manifestations les plus spectacluaires de l'Exposition figure le théâtrophone, mis au point par Clément Ader, qui permet d'écouter par téléphone à des concerts transmis depuis l'Opéra. Il s'agit probablement-là de la source principale de la transmission téléphonoscopique de spectacles imaginée par Robida.

   Sur cette exposition, voir notamment les articles "Souvenirs de l'exposition de l'électricité" dans l'édition 1882 du Magasin pittoresque. (accessible sur le site Gallica de la BNF).

 

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Position de tir avec le fusil photographique de E.-J. Marey.
Document extrait de E.-J. MAREY, Le Mouvement, G. Masson, Paris, 1894.

Le fusil à images

    Robida ne nous dessine pas de caméra ou d'appareil de captation. Le texte nous donne cependant quelques précisions, indiquant notamment, comme c'est le cas pour le téléphone, une certaine symétrie entre émission et réception : "Un événement important se produisait-il, le correspondant, armé du petit téléphonoscope de poche, assurait sa communication électrique et braquait son instrument sur le point intéressant; aussitôt, sur le grand téléphonoscope du journal apparaissait, considérabmement agrandie, l'image concentrée sur le champ limité du petit téléphonoscope" (Vingtième  siècle, pp.199-200). Le téléphonoscope est un instrument fragile : ainsi apprenons-nous que "Le téléphonoscope se brisa sept fois rien que pendant le siège de Pékin, sous les effrayantes détonations des pièces de siège. Chaque plaque brisée coûtait cinquante mille francs à remplacer (....).(pp.200 -201). A l'occasion d'une transmission en direct d'un combat dans le désert, entre la Garde nationale et  les Touaregs, l'émission d'images s'interrompt mais non le son. : "Mais comment expliquez-vous que l'appareil transmetteur du son fonctionne encore, tandis que le téléphonoscope a cessé de fonctionner ? Très facilement ! notre correspondant a l'appareil transmetteur du son fixé à sa boutonnière, tandis qu'il doit tenir son petit téléphonoscope à la main, tourné vers le point intéressant et relié au fil électrique par un fil flottant".

    Viser l'objet à capter pour en obtenir des images est une des préoccupations du moment. En 1874, Janssen a proposé un "revolver astronomique" qui lui permet, grâce à des poses extrèmement courtes, de photographier le passage de Vénus. C'est durant les années 1878-1882 que Etienne-Jules Marey élabore son "fusil photographique" qui permet de réaliser 12 épreuves en une seconde. Celui-ci est présenté dans La Nature d'avril 1882, soit quelques mois avant le début de la parution du Vingtième siècle.

(Sur Marey, voir DAGOGNET, F., Etienne-Jules Marey, Hazan, Paris, 1987).

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A.ROBIDA, Le vingtième siècle, 1883.

 

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Histoire de la télévision      © André Lange
Dernière mise à jour : 24 février 2003