GOETHE, Le miroir magique (Zauberspiegel
dans le Urfaust (1786)

"The Magic Mirror", 
Illustration de Willy Pogany
 in GOETHE, Faust,
translated by Abraham Hayward, 
Hutchinson, London, 1908. 
(Coll. André Lange)


 

FAUST (welcher diese Zeit über vor einem Spiegel gestanden, sich ihm bald genähert, bald sich von ihm entfernt hat):


Was seh ich? Welch ein himmlisch Bild
Zeigt sich in diesem Zauberspiegel!
O Liebe, leihe mir den schnellsten deiner Flügel,
Und führe mich in ihr Gefild!
Ach wenn ich nicht auf dieser Stelle bleibe,
Wenn ich es wage, nah zu gehn,
Kann ich sie nur als wie im Nebel sehn!-
Das schönste Bild von einem Weibe!
Ist's möglich, ist das Weib so schön?
Muß ich an diesem hingestreckten Leibe
Den Inbegriff von allen Himmeln sehn?
So etwas findet sich auf Erden?

 

FAUST (qui pendant ce temps s'est toujours tenu devant le miroir, tantôt s'en approchant tabtôt s'en éloignant.)

    Que vois-je? quelle céleste image se montre dans ce miroir magique? O amour! prête-moi la plus rapide de tes ailes, et transporte-moi dans la région qu'elle habite. Ah! quand je ne reste pas à cette place, quand je me hasarde à m'avancer davantage, je ne puis plus la voir que comme à travers un nuage! - La plus belle forme de la femme! Est-il possible qu'une femme ait tant de beauté! Dois-je, devant ce corps étendu à ma vue, trouver l'abrégé des merveilles de tous les cieux? Quelque chose de pareil existe-t-il sur la terre ?

Traduction de Gérard de Nerval (1828)

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Métaphores et techniques du miroir dans l'histoire de la télévision

    Les premières représentations imaginaires de dispositifs de vision à distance, celle de Lucien de Samosate (1er siècle après J.C.) ou celle de Tiphaigne de la Roche (1760), supposent le recours à un miroir.

    Le Zauberspiegel, miroir magique, que Faust découvre dans la hideuse cuisine des sorcières, participe de cet imaginaire du miroir permettant de voir ce qui est absent, en l'occurence ici une femme extraordinairement belle.

    L'extrait célèbre de la "cuisine des sorcières" figure déjà dans le Fragment du Faust, publié par Goethe à Leipzig en 1790. Goethe l'aurait écrit en 1786, à Rome, dans les jardins de la Villa Borghese. On le retrouvera, un siècle plus tard, cité par le savant allemand Raphael Eduard Liesegang en exergue de ses Beiträge zum electrischen Fernsehen (1891), le premier livre consacré à la télévision et qui introduit le mot Fernsehen dans la langue allemande.

     Liesegang, qui  chimiste mais aussi humaniste et homme de lettres, ne s'amuse pas tout à fait gratuitement d'une belle métaphore. Depuis la contribution  sur le photophone de Bell et Tainter (1880), l'utilisation des miroirs est envisagées pour la transmission à distance des sons et elle le sera bientôt dans différents modèles de balayage de l'image, notamment chez Sutton, Weiller, Szczepanik, Schöffler et dans un certain nombre de modèles de télévision mécanique des années 1910-1930. L'article sur le téléphote de J. Blondin, La Lumière électrique, 1893, fait même allusion à une communication scientifique d'un Mr Thompson sur "les miroirs magiques japonais"...

    Dans les années 30, le modèle de télévision mécanique de Baird, utilisé par la BBC pour lancer son service régulier, recourt  encore un "tambour de miroirs"pour l'analyse des images. L e modèle de téléviseur TK-1 commercialisé en Russie dans les années 30 nécessitait quant à lui un miroir pour agrandir l'image trop petite que permettait de capter un récepteur placé à l'horizontal.

    Il resterait à effectuer une étude sur le déploiement et le devenir de la métaphore du miroir associée à la télévision. Contentons-nous pour l'instant d'en citer un des derniers avatars académiques sous la plume de Dominique Mehl, sociologue auteur d'un ouvrage intitulé La fenêtre et le miroir. La télévision et ses programmes, Payot, Paris, 1992.

 

 

 

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Histoire de la télévision      © André Lange
Dernière mise à jour : 18 février 2002