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L'auteur du
canular du diaphote (1880) était un brillant mathématicien |
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L'article original du canular est paru dans The Daily Times, le quotidien local de Bethlehem, le 10 février 1880. L'article
original du canular : "The diaphote. A
remarkable invention by Dr. H. E. Licks", The Daily Times,
Bethlehem, 10 Feb. 1880. (Coll. Bethlehem
Area Public Library)
Mansfield Merriman, alias Dr. H.E.Licks
Le Col. G.L. Sicherman, à qui nous devons d'avoir découvert l'ouvrage de Licks et l'histoire de ce canular, a été le premier à émettre l'hypothèse que le véritable auteur de Recreations in Mathematics - et donc, selon toute vraissemblance, du canular lui-même - pourrait bien être le mathématicien Mansfield Merriman. Mansfield Merriman (1848-1925), qui fut le premier mathématicien à défendre un thèse en matière de statistiques aux Etats-Unis (sur la méthode dite "des moindres carrés") et qui fut également un des grands enseignants américains des sciences de l'ingénieur, était depuis 1878 professeur de mécanique à l'Université de Lehigh. L'identité entre H.E. Licks et Mansfield Merriman a été proposée par le Col. Sicherman sur base de l'érudition mathématique, mais également technique, manifestée par l'auteur des Recreations in Mathematics. En particulier, ce livre contient la reproduction abrégée, mais sans nom de l'auteur, de l'article "The Cattle Problem of Archimedes" que Merriman avait publié en novembre 1905 dans Popular Science Monthly. Merriman se serait ainsi cité lui-même, mais sans vraiment se compromettre. Certaines indications géographiques (en particulier le fait que l'Université de Lehigh se trouve à Bethlehem) confortent cette thèse de l'identité entre le vrai professeur et le Dr. Licks, qui se présente lui-même comme un enseignant tout en parlant de lui à la troisième personne dans les Recreations. Le Col. Sicherman évoque également des ressemblances stylistiques frappantes. Enfin, il rappelle un épisode curieux où, Merriman, associé à un citoyen de Bethlehem, avait composé une liste abracadabrante de termes soumises au joueur d'échecs Harry Pillsbury à Londres en 1896 en vue de tester sa mémoire. Cet épisode atteste de l'esprit plaisantin de Merriman, the "Merry Man".
L'identité entre Merriman et Licks nous a été confirmée par J.A. McLennan, qui est l'auteur d'une histoire du département de Physique de l'Université de Lehigh. Il a en effet retrouvé dans la bibliothèque de cette Université une notice nécrologique de M. Merriman, rédigée par Horace Andrews, W.R. Okeson et A.B. Hill, et indiquant que Merriman utilisa la signature "Dr. H.E. Licks" pour signer les Recreations in Mathematics. Il ne fait donc plus guère de doute que le canular du diaphote est bien l'oeuvre de cet éminent savant. En republiant en 1917 l'article du canular, Merriman/Licks paraît avoir voulu brouiller les pistes : d'une part il ne mentionne pas le nom du journal de Pennsylvanie dans lequel l'article est paru (une information pareille ne devait pourtant pas s'oublier !). D'autre part, il gomme l'indication géographique de l'article original mentionnant que le Dr. Licks était de "Old South Bethlehem".
Le diaphote, tel que décrit par Licks, comporte quatre partie essentielle : un miroir de captation (receiving mirror), des fils de transmission, une batterie galvanique et un miroir de reproduction (reproducing speculum). Le miroir de captation serait composé d'un amalgame de sélénium et d'iodure d'argent et le miroir de reproduction d'un amalgame de sélénium et de chrome. Le canular de Licks s'inscrit évidemment dans le contexte des premiers articles publiés dans la presse américaine en 1879 et 1880 sur la possibilité de recourir aux propriétés photo-sensibles du sélénium pour transmettre des images à distance, faisant ainsi écho aux propositions de C.Senlecq et de Georges R. Carey.
Si l'on en croît le commentaire que H.E. Licks donne dans son ouvrage de 1917, juste après la reproduction l'article de mars 1880, celui-ci aurait eu immédiatement un écho retentissant dans la presse. L'article aurait été copié en tout ou en partie par de nombreux journaux américains, dont le Journal and Courrier de New Heaven (14 février 1880), l'American Manufacturer and Iron World (27 février 1880) Engineering News (28 février 1880), le New York Times. George R. Carey a recopié dans son Notebook les références de l'article original, mais également d'autres occurrences. Seul le New York World aurait compris qu'il s'agissait d'un canular, le comparant au "Great Moon Hoax", celui de la découverte d'habitants sur la lune, lancé par un certain R.A. Locke en août 1835. Licks évoque d'ailleurs ce canular dans son livre et le pseudonyme de Licks pourrait bien être une référence à Locke (à moins qu'il ne soit un jeu sur Lehigh voire sur Senlecq). Le Licks de 1917 signale que moins d'un mois après la publication de l'article de mars 1880, un autre canular serait paru dans la presse annonçant l'invention à Pittsburg d'un telephole permettant à deux interlocuteurs de se voir au téléphone et permettant la transmission à distance de document à distance. Alors que le diaphote de Licks nécessitait 72 fils de transmission, le telephole des inventeurs de Pittsburgh ne nécessitait qu'un seul fil. Une demande brevet aurait immédiatement été déposée. Cette histoire du telephole de Pittsburg n'est autre que celle de l'appareil de la maison Conelly et McTighe, annoncé dans The American Manufacturer le 20 février 1880 et que la très sérieuse revue française du Comte Th. du Moncel signale, sous le terme alors inédit de télephote et avec un très avisé scepticisme, dans son article du 1er avril 1880.
La nouvelle qu'un Dr. Licks, de Bethlehem en Pennsylvanie avait mis au point un diaphote permettant de voir à distance a eu un retentissement jusqu'en Europe. On la trouve en effet mentionnée dans la liste (non exhaustive) des articles suivants (où le nom de Licks devient parfois, sous la plume du Comte Th. du Moncel, Hicks) :
Les canulars du diaphote et du téléphote ont entraîné la méfiance des esprits sérieux, et en particulier des rédacteurs du Times et de La Lumière électrique. Il faudra l'annonce de la mise au point par Graham Bell du photophone pour que Th. du Moncel reviennent sur la question pour considérer avec plus de bienveillance les contributions - il est vrai plus argumentées et moins triomphalistes - de de Paiva, Senlecq, Perry et Ayrton, Bidwell, etc.
Le Licks de 1917 a visiblement conservé son scepticisme vis-à-vis de ces hypothèses puisqu'il se moque des prétentions, formulées en 1889 par un allemand du nom de Korzel (dont nous ne savons rien) et, en 1914, par un certain A.M. Low, d'avoir mis au point des appareils de vision à distance, basés sur les propriétés du sélénium. Ce A.M. Low pourrait bien lui-même être un pseudonyme récurrent d'auteur de canular : David Fisher signale dans Terramedia un article du Daily News du 7 juin 1904 où un Dr. Low annonce un appareil baptisé Televista. Licks cite le Dr. AM. Low d'après un article du New York Times du 29 mai 1914, qui rapporte une conférence donnée à Londres sur le thème "Seeing by Wire". Enfin Russell Burns signale dans Television. An international history of the formative years (p. 207), un article du Daily News du 30 décembre 1926 où le Professeur A.M. Low annonce la smellyvision et la tastyvision, permettant respectivement de percevoir à distance les odeurs et les saveurs.
Rappelons que dans les deux premières décennies du Vingtième
siècle, l'hypothèse d'appareil recourrant aux propriétés du sélénium
et utilisant de multiples câbles de transmission commence à porter ses
fruits, avec des démonstrations plus ou moins réussies réalisées par
le français Georges Rignoux et
l'allemand Rühmer. Avant de tomber définitivement en désuétude, le terme "diaphote" apparaissait cependant dans le Webster Dictionnary de 1913 : Diaphote
Bethlehem and South Bethlehem in 1877 Bethlehem Digital History Project Stephen M. STIGLER, "Mansfield Merriman,", Article in Encyclopedia of Statistical Sciences. Wiley, New York, 1982-1985. J.A. McLENNAN, "History of the Physics Department", Lehigh University Le site du Colonel G.L. Sicherman, à qui nous devons la découverte de l'ouvrage de Licks. Cet article est une sorte d'hommage à l'esprit du jeu mathématique, cher à la fois à Merriman et à Licks.
Je remercie J.A. McLennan, M. Stigler et bien entendu le Col. Sicherman, des précisions qu'ils ont bien voulu m'apporter pour la rédaction de cette notice.
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H.E. LICKS, Recreations in mathematics, Van Nostrand, New York, 1917. (Coll. A. Lange)
Merriman was born on March 27, 1848, the son of a
Connecticut farmer. He studied mathematics and surveying in district
schools and was appointed a county surveyor in 1867, before going on to a
course of study in engineering at Yale University's Sheffield scientific
school. He earned a Ph.D. in 1876 with a thesis on the method of least
squares, the earliest American doctorate on a statistical topic. |
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Histoire de la
télévision © A.
Lange
Dernière mise à jour : 16 mars 2003