Adriano de PAIVA, 
La télescopie électrique 
basée sur l'emploi du sélénium

Porto, 1880.

Article II - La téléscopie électrique.

[Original en portugais]

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    Avec la date du 20 février 1878, l'Instituto a publié un article notre, dans lequel la pensée de la création d'une nouvelle télescopie, basée sur l'application de l'électricité, était pour la première fois, croyons-nous, nettement présentée. De la façon, par laquelle nous avons exposé alors, et développé nos idées sur ce sujet, et nommé ment dans l'indication que nous faisions du sélénium, pour la résolution pratique du problème proposé, nous supposions qu'il y avait de notre part quelque originalité. C'est ce que nous voyons confirmé aujourd'hui par les documents que nous allons livrer à la publicité. Le bien connu journal scientifique français, La Nature, dont M. Gaston Tissandier est le rédacteur en chef, ayant ouvert à ses lecteurs, dans son numéro du 3 mai 1879, sous la dénomination de boîte aux lettres, une nouvelle section, dans le but de répondre aux lettres qui lui seraient adressées, soit pour obtenir des renseignements, soit pour faire connaître des faits scientifiques, ou discuter des questions intéressantes, nous avons pris la délibération d'en profiter, en adressant au dit journal scientifique la lettre qua nous allons publier maintenant, suivie de la réponse que nous avons obtenue, et que nous transcrivons de la boîte aux lettres du numéro du 23 août, où elle se trouve publiée.

    Voici la lettre :

    "Portugal - Porto, le 12 août 1879.
   
    Monsieur Gaston Tissandier rédacteur en chef du journal La Nature, Paris.

Monsieur,

    D'une grande valeur pour tous les abonnés de  votre très-excellent journal La Nature, la boîte aux lettres, que  vous y avez dernièrement introduite, atteint le suprême degré  de l'utilité pour ceux qui demeurent, comme moi, dans un petit  pays, éloigné des grands centres scientifiques. Voilà pourquoi  je commencerai aujourd'hui, si vous me le permettez, à en profiter, en vous demandant la grâce de m'élucider sur un point.  Vous savez que ce n'est que depuis le mois de juillet 1877 que   le téléphone Bell est connu en Europe, et ce fut en novembre de la même année que les premières expériences, avec le nouvel instrument, ont été réalisées en Portugal (Lisbonne). Comme professeur de physique, j'ai dès ce moment étudié le sujet   avec quelque soin, et en février 1878 j'écrivais, sous le titre "La téléphonie, la télégraphie et la télescopie", un petit article pour l'Instituto, revue scientifique, qui se publie à Coimbre, et  dont je prends la liberté de vous envoyer le numéro où l'on  trouve cet article. Mon intention, en écrivant cela, était de  mettre en pleine lumière les affinités (les trois problèmes auxquels se rapportent les trois mots que j'embrassais dans mon  épigraphe. Ces trois mots expriment en effet trois problèmes qui  sont posés depuis longtemps, et qui présentent entre eux, une  certaine analogie, ceux d'écrire au loin, parler au loin et voir   au loin. Le premier fut brillamment résolu par l'application de l'électricité (télégraphie électrique); le second venait d'être aussi résolu par le même moyen (téléphone Bell, ou téléphonie électrique); donc le dernier devrait s'attendre à une application du même genre (télescopie électrique). Cette télescopie, comme je le faisais remarquer, comblerait même une lacune de la télescopie catadioptrique, laquelle, en permettant de voir à de très-grandes distances sur la ligne droite, est impuissante, comme on le sait, quand on veut voir à des distances moindres, mais vers des points situés en dehors du cône de rayons visuels de l'observateur. Ces considérations, que je résume ici, m'emportèrent à la conviction que la découverte de la télescopie électrique ne se ferait pas attendre, et j'étais sur ce point de la question, sur laquelle je cherchais en vain quelque chose écrite, quand l'Année scientifique de M. Figuier pour 1878 m'apporta (p. 80), premièrement que tout autre livre, une toute petite indication sur le problème auquel je songeais, et sur la manière par laquelle M. G. Bell en a cherché la solution. Cette petite notice est encore la seule que je connaisse sur ce point, mais le moyen y indiqué de résoudre la problème de la télescopie électrique est différent de celui que je proposais dans mon article, et qui consistait à faire application des plaques de sélénium sensibles à la lumière (Siemens). J'avais même déjà songé à quelques expériences sous ce rapport quand, par des raisons que vous me permettrez de passer en silence, j'ai été forcé à détourner de tout cela mon attention. Depuis cette époque une année et presque demie s'est déjà passée, et moi je ne retournerais peut-être  plus à songer à la télescopie électrique, si vous, en ouvrant à vos abonnés votre Boîte aux lettres, ne m'aviez par là encouragé à vous communiquer mes anciennes idées, et à vous demander ce que vous pourrez penser là-dessus. Croyez-vous possible la création d'une télescopie électrique ? Vous parait-elle bonne la solution de M. Bell, indiquée par M. Figuier ? Connaissez-vous et pouvez-vous me conseiller quelque ouvrage, ou article de journal, que je puisse lire avec profit sur ce sujet ? M'encouragez- vous à reprendre mes études sur l'application du sélénium, ou vous semble-t-il inutile de le faire ? Voilà les questions que je prends la liberté de vous adresser, sans vouloir toutefois abuser de votre bienveillance. Je crois que je n'aurai qu'à me vanter de vous les avoir adressées, et je vous remercie déjà de tout ce que vous daignerez me répondre. Agréez, monsieur, les protestations de ma très-haute considération. Un de vos abonnés, Dr. Adriano de Paiva, professeur de physique à l'Académie de Polytechnique de Porto (Portugal)."

    Réponse publiée dans le journal La Nature, du 23 août 1879 :

"M. le Dr. Adriano de Paiva, professeur de physique à Porto,

    L'idée que vous développez dans votre lettre est originale et hardie. La solution que vous rêvez serait brillante, mais nous ne croyons pas qu'il existe de livres pour vous guider. L'innovateur se guide lui-même".

    En présence de cette réponse, que nous considérons, envers nous, honorable autant qu'insuspecte, que la savante rédaction de La Nature nous permette de lui envoyer d'ici, publiquement, un solennel témoignage de reconnaissance.

Porto, le 29 août 1879.

Dr. Adriano de Paiva.
Professeur de Physique à l'Académie Polytechnique (1).

(1) O Instituto. Revista scientifica e litteraria. Volume XXVII - Outubro de 1879 - Segunda serie - n°4. Coimbra Imprensa da Universidade.



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Suite de la brochure de Adriano DE PAIVA

 

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Dernière mise à jour : 11 janvier 2002