Constantin PERSKYI, 
"Télévision au moyen de l'électricité", 
in EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE 
DE 1900, 
Congrès international d'électricité 
(Paris, 18-25 août 1900). 
Rapports et procès-verbaux publiés 
par les soins de M. E. HOSPITALIER, 
Rapporteur général,
Gauthier-Villars, 
Imprimeur-Libraire, Paris, 1901.


Notice

    Nous publions ici le texte, souvent évoqué, mais jamais cité de première main, de l'intervention de Constantin Perskyi au Congrès international d'Electricité qui s'est tenu à Paris du 18 août au 25 août 1900, dans le cadre de l'Exposition universelle internationale de 1900.

    Ce texte vaut moins par son originalité scientifique que par le fait qu'il constitue la première occurence connue du mot "télévision".

   

 

 


    Les diverses méthodes proposées jusqu'ici pour reproduire à distance des radiations lumineuses représentant l'image d'un objet au moyen de l'électricité ont pour base certains phénomènes que nous allons examiner.

    En 1839, M. Becquerel père mit en évidence l'action de la lumière sur deux corps mis en contact entre eux et pouvant agir chimiquement l'un sur l'autre; il prenait des plaques de cuivre oxydées sur lesquelles il projetait un spectre. Il obtint un courant dont l'intensité était proportionnelle aux diverses radiations reçues et put construire sur ce principe un vrai phénomène.

    En 1883, le professeur Borgmann, à Saint-Pétersbourg, expérimenta une batterie photo-électrique avec plaques d'argent iodurées. Plus tard, les expériences de M. Mercadier avec l'argent montrèrent l'action intermittente de la lumière oxhydrique et, en particulier, l'influence des diverses couleurs sur la force électromotrice produite.

    De tous les corps, celui dont les propriétés électriques subissent le plus de variations sous l'effet des radiations lumineuses est certainement le sélénium. Les qualités de ce corps varient suivant qu'il est fondu ou solide.

    La résistivité de ce corps se trouve assez fortement modifiée sous l'action des radiations lumineuses pour qu'on ait songé à l'appliquer à transmettre les sons à distance (radiophone Bell). Malheureusement, ce phénomène n'est pas aussi rapide qu'on pourrait le penser et la diminution de résistivité sous l'action de la lumière met un temps appréciable à se produire. On admet que la conductivité du sélénium est proportionnelle à la racine carrée de l'intensité lumineuse.

    D'autres corps ont leur résistivité modifiée sous l'influence de la lumière; ce sont : la suie, les sulfures mélangés à du sélénium, l'aluminium mêlé au sélénium.

    Il existe encore d'autres phénomènes que l'ont peut utiliser, par exemple l'aimantation sous l'action des rayons ultra-violets, enfin l'action d'un champ magnétique sur le plan de polarisation de la lumière. On pourra donc appliquer ces phénomènes ensemble ou séparément au problème de la télévision.

    Principe de la télévision - On décompose l'image à transmettre en une infinité de points lumineux qui, pris isolément, peuvent être considérés comme autant de sources lumineuses d'intensité variable.

    Au moyen de miroirs, on soumet le sélénium à l'action de ces divers points lumineux. Le sélénium est intercalé dans le circuit du récepteur de l'autre station. Ce récepteur consiste en un électro-aimant attirant une armature, laquelle peut ouvrir et fermer plus ou moins la source artificielle de lumière à l'aide d'un écran. Les rayons émis par cette source tombent sur un système de miroirs tout à fait semblables aux miroirs du transmetteur et identiquement situés l'un par rapport à l'autre. Les miroirs transmetteurs et récepteurs sont animés d'un mouvement oscillatoire identique et parfaitement synchrone. Si l'on se rappelle que la résistivité du sélénium est d'autant plus faible que l'éclairage est plus intense et que, d'autre part, l'attraction de l'électro-aimant est d'autant plus énergique que le courant est plus intense, on comprendra facilement que l'intensité lumineuse de la source du poste de réception suivra les fluctuations du transmetteur. On aura à l'arrivée tous les points de l'image à transmettre, et si la durée de projection de tous les points élémentaires ne dépasse pas 0,1 seconde, on verra tous ces points ensemble et simultanément.

    Pour arriver à ce résultat, la vitesse d'oscillation des miroirs doit être très grande; par exemple, pour transmettre une image de 10 sur 15 cm au moyen de miroirs de 0,25 mm de largeur, cette vitesse est de 360 000 oscillations par seconde. Les appareils de télévision imaginés sur ce principe jusqu'à présent sont ceux  de MM. Nipkoff [1], Kachmetieff [2] , Stchepanik [3], Scheffer [4] et Poloumordinoff [5].

    Conclusion. - En général, la résolution du problème de la télévision pourra être considérée comme trouvée quand on possédera le moyen de transformer par un procédé simple les ondes de grande longueur en ondes très courtes, et réciproquement.

[1] Nous respectons les graphies des noms telles qu'elles apparaissent dans le texte de Perskyi. Il s'agit évidemment de l'allemand Paul Nipkow, qui avait présenté le 6 janvier 1884 une demande de brevet pour un "Elektrische teleskop", Brevet allemand No. 30105 accordé 15 janvier 1885. Voir également NIPKOW, P., "Der telephotograph und das elektrische teleskop", Elektrotechnische Zeitschrift, October 1885, pp. 419-425.

[2] Il s'agit probablement d'une erreur de transcription du nom de P.I. Bachmetiev, pionnier russe de la télévision. Voir  BACHMETIEV, P.I., «Le nouveau télégraphe », Elektrichestvo, n°1, 1885, pp.1-7. Cet article décrit divers systèmes pour voir à distance. L'auteur mentionne une méthode de télégraphie utilisant un balayage en spirale avec plusieurs analyseurs dans un dispositif à fils multiples. Il montre également une version du schéma initial de Senlecq qui utilisait une simple résistance au sélénium et un seul point pour reconstruire l'image. Voir A. ABRAMSON, 1987, p. 15. et R.W. BURNS, 1998, p.116.

[3] Il s'agit évidemment de l'inventeur austro-polonais  Jan SZCZEPANIK qui avait obtenu en 1898 un brevet pour son Fernseher. Le texte de Perskyi ne nous apprend malheureusement rien sur la mystérieuse absence du Fernseher à l'Exposition universelle.

[4] Il s'agit probablement du Major de l'armée impériale et royale autrichienne Benedict SCHÖFFLER, auteur de la brochure Die Phototelegraphie und das elektrische Fernsehen, W. Braumüller, Wien, 1898, 27 p.

[5]. Le russe A.A. POLUMORDVINOV, A.A. avait introduit une demande de brevet pour un appareil de télévision, le 23 décembre 1899. (Russ. Pat. N°10738.). Pour le monochrome, Polumordinov utilisait les disques crénelés proposés en 1894 par Quierno Majorana. Pour la couleur, Polumordinov proposait d'utiliser deux cylindres disposés de manière concentrique avec des fentes couvertes alternativement par des filtres rouge, vert et violet. Selon Abramson (1985, p.22), il s'agit de la première proposition d'un système séquentiel de télévision en couleur. Un modèle de cet appareil est exposé au Musée polytechnique de Moscou.

 

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Histoire de la télévision      © André Lange
Dernière mise à jour : 08 février 2002