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Les
premiers travaux britanniques sur la vision
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Schéma de l'appareil de Ayrton et Perry (tel que publié par Th. du
Moncel dans son article "Transmission électrique des
images",
Au Royaume-Uni, la première contribution sur la vision à distance relève de la plaisanterie, puisqu'il s'agit du dessin de George du Maurier « Telephonoscope », paru dans Punch’s Almanach for 1879 le 9 décembre 1878 et attribuant à Edison l'invention de cet appareil au nom bizarre. Personne ne semble accorder beaucoup d'importance à ce sujet et la presse britannique se contente de propager, non sans scepticisme, le canular du diaphote de Licks/Merriman ("The diaphote", York House Papers, 14 April 1880, n°24, pp.1-2 ; "Seeing by Telegraph", The Times, London, 24 April 1880, p.12., The Globe, 30 April 1880). Il faut attendre avril
1880 et l'annonce du dépôt par Graham Bell du dépôt à la Smithonian
Institution d'un pli scellé, que l'on suppose être relatif à un
télectroscope pour que deux électriciens britanniques de renom, William
E. Ayrton et John Perry, publient le 21 avril une proposition qui va
véritablement ouvrir les débats dans les milieux des électriciens
britanniques. A la différence de de Paiva, Senlecq, Carey et Redmond,
Ayrton et Perry ne sont pas des amateurs mais bien deux électriciens
certes encore jeunes mais déjà renommés. D'autres contributions suivent
immédiatement : celle d'un certain H. Middleton ("Seeing
by telegraph. To the Editor of The Times", The Times, 24
April 1880, p.12.), puis celles d'un certain H.E. Bolton ("Seeing
by electricity", letter, English Mechanic and World of
Science, 14 May 1880, p.235.).
William Edward Ayrton (1847-1908)
L'article "Seeing by electricity" que Ayrton et Perry publient dans Nature le 22 avril 1880 s'inscrit dans le contexte de la rumeur qui circule en Europe depuis 1878 selon laquelle Graham Bell aurait inventé un appareil de vision à distance. (Notons que cet article paraît également huit jours après l'article "The diaphote" du York House Papers propageant en Angleterre le canular du diaphote de Licks/Merriman). Ayrton et Perry tiennent à rappeler que la possibilité de transmission à distance d'images repose sur la découverte des propriétés photosensibles du sélénium par le britannique Willoughby Smith et des travaux successifs d'autres chercheurs britanniques.
L'appareil proposé par Perry et
Ayrton repose sur une utilisation des cellules de sélénium proposée par
le Professeur Kerr. Un obturateur sensible aux variations du courant est
supposé régler les flux lumineux en vue de leur affichage sur un
récepteur. L'article de Perry est également cité dans l'article "Seeing by telegraph", English Mechanic and World of Science, n.788, 30 April 1880. L'éditorial "Seeing by electricity" du Telegraphic Journal du 1er mai 1880 répond à Ayrton et Perry, sans les nommer explicitement : leur argument de priorité sur Bell paraît absurde car il ne suffit de proposer un principe de base pour pouvoir prétendre avoir résolu le problème. Th. du Moncel évoque la proposition de Perry et Ayrton dans son article "Le Téléphote et le Diaphote", La Lumière électrique, 1er juillet 1880 en indiquant que le système proposé par les deux inventeurs britanniques n'étant guère applicable, "les auteurs n'y ont accordé qu'une importance médiocre". Voici comment le savant français résume la première proposition de Ayrton et Perry : "Dans le système combiné par MM. Ayrton et Perry, le transmetteur était assez semblable à celui de M. Carey, mais le récepteur mettait à contribution des systèmes électro-magnétiques qui avaient pour mission d'ouvrir plus ou moins, suivant l'intensité du courant qui les animait, des espèces de petites fenêtres à travers lesquelles on projetait des rayons lumineux qui étaient reçus sur une feuille de verre dépoli. Comme les teintes lumineuses se trouvaient ainsi être en rapport avec l'intensité des courants traversant les systèmes électro-magnétiques, et que cette intensité était elle-même en rapport avec celle des rayons lumineux qui impressionnaient telle ou telle case de sélénium du transmetteur, on avait de cette manière une reproduction en mosaïque de l'image projetée sur le transmetteur."
Pas plus que Carey, Ayrton et
Perry ne proposent de solution réelle au problème de la nécessité
d'établir de multiples connexions filaires pour transmettre les
modifications ponctuelles d'intensité lumineuse.
Lors de leur démonstration, Ayrton et Perry annoncèrent qu'ils envisageaient de recourir à une projection par l'intermédiaire d'un grand miroir très fin, avec de grosses nervures croisées sur sa face arrière. Des électro-aimants fixés derrières le miroir devraient produire; par leurs mouvements d'expansion et de contractions, de petites convexités et concavités sur la face du miroir. Cette hypothèse constituait une application originale des observations menées par les deux chercheurs britanniques sur les "miroirs magiques japonais". Ils avaient en effet publié en 1878 dans les Proceedings of the Physical Institution, un long compte-rendu de leurs travaux sur ces miroirs, décrits dès le 10ème siècle dans la littérature chinoise et qu'ils avaient pu examiner en détail durant leur séjour au Japon. Ces miroirs offrent la particularité, s'ils s'ont illuminés par un faisceau lumineux de renvoyer vers un mur blanc ou un écran l'image qui est gravée sur leur face arrière, généralement celle d'un Bouddha.
Un miroir magique chinois et l'image
obtenue Nous n'avons pas connaissance de publications ou de démonstrations ultérieures de Ayrton et Perry sur cette hypothèse. néanmoins l'électricien J. Blondin, dans son article "Le téléphote", La Lumière électrique, 43, 1893, rapporte que le "27 janvier dernier" (1892 ou 1893 ?), à la séance de la Société de Physique de Londres, suite à la présentation d'une communication d'un M. Thompson sur les miroirs magiques japonais, Ayrton a annoncé qu'il reprenait les expériences entreprises quinze ans plus tôt en collaboration avec Perry.
Les propositions de Ayrton et Perry seront traduites et présentées de manière détaillée par Th. du Moncel dans son article "Transmission électrique des images", La Lumière électrique, Paris, 9 avril 1881, puis dans le chapitre "Téléphote" de son ouvrage Le microphone, le radiophone et le phonographe (1882). L'article de du Moncel est illustré de deux graphiques qui ne figurent pas dans l'article de Nature du 2 mars 1881, ce qui laisse supposer qu'il disposait d'une autre publication, voire d'une communication directe de ses deux collègues britanniques. Paul Nipkow citera également Ayrton et Perry dans son article "Der Telephotograph und das elektrische Teleskop", in Elektrotechnische Zeitschrift, 6, 1885.
Après leurs propositions et leur démonstration du 26
février 1881, Ayrton et Perry semblent avoir abandonnés assez rapidement
ce champ de recherche.
Tout en prouvant expérimentalement la justesse de l'hypothèse du recours au sélénium, les démonstrations de Perry / Ayrton et de Bidwell, qui apparemment eurent lieu lors de la même réunion du 26 février 1881 marquaient les limites du "modèle de la mosaïque", impraticable pour transmettre des images sophistiquées. Il est probable que c'est à partir de ce constant d'échec que William Lucas et Ll. B. Atkinson allaient travailler, dès 1882, pour proposer des systèmes d'analyse d'images. C'est également en constatant les limites de propositions de Perry et Ayrton que l'allemand Paul Nipkow allait imaginer, en 1884, son fameux disque d'analyse de l'image.
- Biographie de W.E. Ayrton - Documents PERRY, J. and AYRTON, W.E., « Seeing by Electricity », Nature, 21, 21 April 1880, p.589. H. MIDDLETON,
"Seeing by telegraph. To the Editor of The Times", The
Times, 24 April 1880, p.12. PERRY, J and AYRON, W.E., "Seeing by Telegraphy", letter, Nature, 13 May 1880, p. 31. BIDWELL, S., "Tele-photography", Nature, 23, 10 February 1881, pp.423-424. BIDWELL, S., "On telegraphic photography", Report of the British Association for 1881, transactions of Section G, pp.777-778. "Tele-Photography", Telegraphic Journal, 10, 1 March 1881, pp. 82-84. "Seeing by electricity", Nature, 23, 3 March 1881, pp.423-424. du MONCEL, Th., "La téléphotographie", La Lumière électrique, Paris, 19 mars 1881. [du MONCEL, Th.], "Transmission électrique des images", La Lumière électrique, Paris, 9 avril 1881. - Sur les miroirs magiques chinois et japonais "Sur la fabrication des miroirs magiques chinois"; Note de M. Maillard, communiquee par M. Biot, Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences / Institut de France, 1853. 1. T. 37., p.178 (> Gallica) "The Magic Mirror of Japan". Part I. By Professors W. E. Ayrton and John Perry, of the Imperial College of Engineering, Japan, Proceedings of the Royal society of London 1879. 1. Vol. 28. (1878, Nov. 21-1879, Apr. 24). (> Gallica) "Miroirs magiques chinois et japonais", [Le] magasin pittoresque / publ. sous la dir. de M. Edouard Charton, 1880. 1. Année 48, p.391 (> Gallica) G. AUCKLAND, "Magic Mirrors or Through the Looking Glass" Site très intéressant faisant le point sur les recherches menées sur le phénomène curieux des miroirs magiques.
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