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L'HISTOIRE DE
LA TELEVISION COMMENCE |
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L'article "The Electroscope", paru dans The New York Sun , nous provient des entrailles de l'Internet : nous l'avons retrouvé dans les "Scrapbooks" de Charles Batchelor, éditées sur le site Thomas A. Edison Papers de Rutgers University : Special Collections Series -- Charles Batchelor Collection -- Scrapbooks: Cat. 1240 (1876-1878) [MBSB1] Charles Batchelor était un
anglais, employé par Edison dès les débuts de sa première société,
l'American Telegraph Works. Il fut pour le "Sorcier de Menlo
Park" un véritable ami, un partenaire et un co-inventeur avec qui
différents brevets furent signés. Dans ses "Scrapbooks",
Batchelor réunissait des coupures de presse et autres documents, parfois
sérieux, parfois humoristiques, attestant de sa dévotion pour son
employeur, mais aussi de son attention aux annonces de découvertes et
inventions nouvelles.
Il est de tradition parmi les historiens de la télévision, depuis l'ouvrage d'Albert Abramson, de citer le texte de Louis Figuier, « Le télectroscope, ou appareil pour transmettre à distance des images », publié en 1878 dans L’Année Scientifique et Industrielle, comme étant le premier texte décrivant un appareil de transmission des images à distance. L'invention de cet appareil était attribuée par Figuier à Graham Bell et était, bien évidemment, fantaisiste. Mais il attestait d'une rumeur, en provenance des Etats-Unis, et plus particulièrement de Boston. L'origine de cette rumeur n'a jamais été vraiment été identifiée. L'article "The
electroscope", publié par The New York Sun le 29 mars 1877
pourrait nous fournir une clé. Il s'agit d'une communication d'un
lecteur au journal, datée du 28 mars, et simplement signée Electrician.
Le1er avril n'était pas loin et la rédaction ne semble pas avoir voulu
prendre soin de la vérification de cette nouvelle
"merveilleuse". Ce dispositif sommaire correspond assez bien, et même avec plus de détails, à ce que décrit Figuier, non sans scepticisme, quelques mois plus tard, suivant les informations publiées dans la presse de Boston. Figuier utilise le terme de "télectroscope", dont l'origine et la formation ont toujours parue incertaine, entre les racines télé- (loin), electr- (pour électricité) et -scope (vision). Le télectroscope de Figuier (que reprendront plus tard Senlecq et, dans son article "The Telectroscope" du 17 mai 1879, le Scientific American) ne serait-il rien d'autre qu'une déformation de l'electroscope du New York Sun ? Reste le fait que Figuier parle de Boston et non de New York. Il est évident qu'il s'agit d'un canular. En 1877, le terme électroscope était déjà utilisé pour désigner un appareil permettant de déceler une charge électrostatique, une différence de potentiel, ou un flux de particules chargées. Cet appareil avait été inventé en 1748 par le physicien français Jean Antoine Nollet (1700–1770) ( > Article Electroscope de la Columbia Encyclopedia).
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| Un
vrai électroscope :
Electroscope à feuille d'or |
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Dès lors que l'on considère cet article comme un canular, la question de l'identification de l'éminent savant auteur de l'électroscope n'est plus que pur exercice ludique. Mais un bon canular doit incorporer des éléments vraisemblables ! Le nom de Graham Bell vient évidemment à l'esprit en
raison de l'analogie présentée par l'article entre ondes sonores et
ondes lumineuses. Cela explique probablement l'attribution
du télectroscope à Bell que rapporte Figuier quelques mois plus
tard. Bell dissertera d'ailleurs sur cet argument dans un texte peu
connu qu'il dicte en 1891 "Editorial
and Articles on the possibility of seeing by electricity". Mais
Bell, à cette époque, était installe à Boston et non à New York. Par
ailleurs il était évidemment un électricien trop compétent que pour
utiliser le terme électroscope comme un néologisme. Il connaît bien
évidemment l'électroscope à feuille d'or qu'il cite dans une lettre
à Mary Hubbard Bell du 5 avril 1879 à propos de l'invention...d'un
magnetoscope ! (> The
Alexander Graham Bell Family Papers). Il est possible que l'article ait été inspiré par les travaux de George R. Carey, qui était bien de Boston, et qui, dans son manuscrit, affirme qu'il a eût l'idée d'une caméra électrique au sélénium dès 1876. Mais rien n'indique que Carey ait déjà communiqué son idée et le recours à un "gaz récemment découvert" est complètement absent des textes disponibles de Carey publiés en 1880. Par ailleurs, dans son article
"Seeing by Electricity", Scientific
American, June 12 1880, l'électricien new-yorkais W.E. Sawyer évoque
la démonstration d'un appareil permettant de voir à distance à travers
un fil télégraphique qui aurait été montré au n°21 Cortlandt Street
"in this city" par James G. Smith, Shaw et Baldwin. Mais cette
démonstration - sur laquelle on ne dispose pas d'autre source - est
datée de l'automne 1877.
Le plus intéressant dans cet article reste cependant l'énoncé des différentes fonctions attendues de l'appareil : Il faudra attendre la parution du Vingtième Siècle d'Albert Robida en 1882 pour retrouver une description aussi complète des usages possibles d'un appareil de vision à distance. La téléphotographie, puis la télévision permettront certains d'entre eux mais certains usages interactifs tels que la vision de son interlocuteur ou la consultation de livres à distance ne commencent qu'à peine à être effectifs, grâce à Internet bien plus que grâce à la télévision.
L'hoax sur la vision à distance par l'électricité était dans l'air du temps. Quelques mois plus tard, un mathématicien du nom de Mansfield Merriman, lancera, dans un journal de Philadelphie, un canular similaire en annonçant la mise au point d'un diaphote, attribué au Dr. H.E. Licks..
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Histoire
de la télévision © A.
Lange
Dernière mise à jour : 02 mars 2003