George Louis Palmella Busson du Maurier (1834-1896) 
et le téléphonoscope d'Edison

   

Edison's Telephonoscope, dessin de George Du Maurier, Almanach Punch 1879 
(paru le 9 décembre 1878). 
(By Courtesy of David Fisher, Terramedia Collection)

 

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La cave à enregistrements, dessin paru dans l'almanach de Punch, 1878.

 

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Dessin du téléphonoscope par Edison (1878).

(1) Letter of Uriah Painter to Edision, Washington DC, 5-13-1878, in ISRAEL, P.B.,NIER, K. and  CARLAT, L. (ed.), The Papers of Thomas A. Edison, vol.IV, The Wizard of Menlo Park, The John Hopkins University Press, Baltimore and London, 1009, pp.281-282.

    Painter écrit : "Hurrah for the telephonoscope. I'll get patent on it for you promptly as the others.  (...) Get up Patent application for Telephonoscope right away".

La note des éditeurs de cette magistrale édition des archives Edison (qui, malheureusement, n'en est encore qu'à la fin des années 1870 !) est la suivante :

"The telephonoscope was a device for receiving sound over great distance. Its basic design consisted of long paper funnels to the ends of which were connected flexible tubes for insertion into the listener's ears. When used with a speaking tube, the device reportedly enabled conversation to be "carried on through a distance of one and a half to two miles in an ordinary tone of voice. A low whisper, uttered without using the speaking trumpet, is distincyly audible at a distance of a thousand feet, and walking through grass and weeds may be heard at a much greater distance" (Prescott, 1879, 563). Edison made a preliminary note-book drawing of this device on 2 April and on 10 May made sketches for a draft caveat. The instrument susequently became known as the megaphone. "Edison's Ear Telescope", New York Sun; "The Megaphone", New York Herald, both 8 June 1878, Cat. 1240, items 660-61, Batchelor (TAEM, 92:227), "Edison's Megaphone", Sci. Am. 38 (1878): 113-114.

    Edison explored ways of adapting the telephonoscope for use as a personal hearing aid, a device he termed the auriphone). He sketched ways in which the listening tubes could collapse telescopically to make them portable, and considered various shapes and arrangements of resonator tubes. Doc. 1361; NS-78-002, Lab. (TAEM 7:762); "Ears for the Deaf", New York Daily Graphic, 5 June 1878; "The megaphone", New York Herald, 8 June 1878, Cat. 1240, items 645, 661, Batchelor (TAEM, 94:221, 227).



Le téléphonoscope d'Edison mentionné dans The Daily Evening Traveller, 23 May 1878

Une varuante : le télescopopophone, The Sun, 7 june 1878 :

George du Maurier eût pu n'être que le grand-père de Daphné du Maurier, la romancière britannique dont Hitchcock immortalisa la Rebecca. Mais George du Maurier, qui était d'origine française, fut surtout l'un des piliers du magazine satirique britannique Punch (1841 -1901) pour lequel il dessina pendant trente ans des caricatures des inanités de la upper class.

Les technologies de communication comme thème de caricature  

    L'arrivée des technologies de communication ne laissa pas du Maurier indifférent. Dans l'almanach de Punch de 1878, on voit un bourgeois stockant dans sa cave les voix des grands chanteurs d'opéra de l'époque.

    Le commentaire est aussi explicite que fantaisiste : "Grâce au téléphone, le son est converti en électricité, et ensuite, en complétant le circuit, transformé à nouveau en son. Jones convertit en électricité toute la belle musique qu'il entend durant la saison, les met en bouteille puis les range dans des casiers pour les utiliser durant ses réceptions d'hiver. Tout ce qu'il a à faire, lorsque ses hôtes arrivent est de sélectionner, déboucher et de compléter le circuit. Et voilà !".

Le téléphonoscope d'Edison

    Dans l'almanach de 1879 (paru fin 1878), George du Maurier fait écho à la rumeur selon laquelle Edison venait de mettre au point le téléphonoscope, censé permettre la communication visuelle à distance. Edison est bien l'inventeur d'un téléphonoscope, qu'il présente à un de ses correspondants, Uriah Painter, dans une lettre (perdue) du 5 mai 1878, et que Painter propose immédiatement de faire breveter, dans une lettre du 13 mai 1878. Mais il s'agit d'une sorte de double cornet acoustique, permettant de transmettre des conversations sur une distance de 1 à 2 miles. Edison avait fait un premier dessin sur un carnet de note le 2 avril 1878. Le 10 mai, il fit des schémas en vue d'une demande de brevet. L'instrument fut ensuite connu sous le nom de mégaphone.  Edison étudiera par la suite les applications pour les mal-entendant sous le terme d'auriphone. Divers articles sont parus dans la presse américaine début juin 1878 sur le megaphone, aussi appelé Edison's Ear Telescope (1).

    Il est probable que, par la suite, Edison s'est tenu au courant des travaux menés sur le telectroscope basé sur l'emploi du sélénium. D'après un article paru dans la Deutsche Zeitung Allgemeine le 1er décembre 1939, il aurait été en correspondance avec le chimiste allemand Raphael Eduard Liesegang, dont les travaux sur un appareil de télévision électrique semblent l'avoir intéressé.

Le dessin de Du Maurier

    Le dessin de Du Maurier représente un couple de parents qui, assis dans leur fauteuil, regardent leur fille jouer au tennis et dialogue avec elle. Comme le père s'enquiert, en chuchotant, de la jolie compagne de sa fille, celle-ci lui promet une présentation en fin de partie.

    Les historiens de la télévision sont unanimes à reconnaître dans ce dessin de du Maurier la première anticipation de la télévision, tenant compte de la mise au point du téléphone. Il est vraisemblable que du Maurier ait eu vent du téléphonoscope d'Edison, imaginé quelques mois plus tôt, mais son appareil n'a rien à voir avec celui du "magicien de Menlo Park", même du seul point de vue de la transmission du son, puisque le téléphonoscope d'Edison était un appareil sans fil, alors que l'on distingue clairement sur le dessin le fil du téléphonoscope dans lequel parle la jeune fille.

Une source probable du Vingtième siècle d'Albert Robida.

     Il est probable qu'Albert Robida a eu connaissance du dessin de du Maurier dont il paraît bien s'être inspiré pour développer le thème du téléphonoscope dans son roman Le Vingtième Siècle (1883). Outre le terme, on retrouve en effet l'appareil (qui est plus un visiophone que la télévision de diffusion) et même le personnage de la jeune fille porteur de modernité, typique dans le roman de Robida.

Bibliographie :

APPELBAUM, S. and KELLY, R., Great Drawings and illustrations from Punch 1841-1901, Dover Publications Inc., New York, 1981.

KELLY, Richard, The Art of George du Maurier, Ashgate Scolar Press, 1996, 264 pp

George Du Maurier, Illustrator and Novelist (1834-1896): An Overview
(> The Victorian Web)

George du Maurier in Harper's New Magazine ( > Cornell University's Making of America)

Une bibliographie sur George du Maurier (> Princeton University Library)

 



 

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Histoire de la télévision      © André Lange
Dernière mise à jour : 02 mars 2003